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LA VIOLENCE DU « NON ESSENTIEL »

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Depuis des mois maintenant, on entend parler des commerces “essentiels” et “non essentiels”. Autant cette appellation n’avait pas trop attiré mon attention lors du premier confinement, autant pour le second, que je vis dans un autre état d’esprit, je me suis un peu plus penché sur ce que cela signifiait à plusieurs niveaux.

Le flou et l’incompréhension de toutes ces réglementations a des répercutions bien plus importantes qu’il n’y paraît. Je souhaite mettre la lumière sur la violence des mots que l’on utilise parfois sans en mesurer la portée.

#1 – Le « non essentiel » est différent pour chaque personne

Plutôt qu’essayer d’expliquer, je vais prendre deux exemples ce sera beaucoup plus parlant.

Prenons les produits de maquillage, ils ne sont pas essentiels pour moi car ça n’est pas dans mes habitudes d’en utiliser. Cependant, pour une personne qui aurait par exemple un problème de peau et dont le seul moyen à ce jour de surmonter ce complexe et sortir de son domicile sereinement serait d’utiliser du maquillage pour camoufler, le maquillage serait-il pas essentiel ?

Les piscines sont fermées, j’aime beaucoup nager même si je ne vais jamais à la piscine. Pour moi qu’elles soient fermées ou non ne change rien, mais pour beaucoup il s’agit d’un élément thérapeutique qui leur est retiré. Je me rappelle qu’adolescent j’avais des problèmes de dos et le kiné m’avait demandé de faire des séances de piscine pour le muscler, ce qui serait du coup impossible si ça se passait aujourd’hui et aurait un impact négatif direct sur ma santé.

Le curseur de ce qui est essentiel ou non essentiel est variable, il n’est pas le même pour tous. Ce qui est essentiel pour moi ne l’est pas forcément pour les autres et inversement. Je parle de ce qui est essentiel au sens « capital » du terme.

Mais dans une situation comme celle que nous vivons avec cette pandémie les décisions sont prises globalement : tous les restaurants sont fermés, tous les musées et spectacles sont fermés ou annulés, tous les commerces de tel ou tel secteur sont fermés… Ces décisions placent d’autorité le curseur d’où s’arrête ce qui est essentiel et où commence ce qui ne l’est pas ; où que ce curseur soit placé une grande partie de la population va se sentir lésée.

Une de mes passions c’est la lecture. Je ne lis pas des livres je les dévore, c’est un réel investissement financier tellement j’en ai besoin. Ça fait partie de moi, de mon identité : ma soif d’apprendre en permanence passe entre autres par la nécessité d’acquérir très régulièrement des livres pour l’étancher.

M’interdire l’accès à une librairie ou un rayon livre dans un supermarché (j’achète aussi des livres pour me détendre) en justifiant cela comme étant “non essentiel” me renvoie en pleine figure qu’une partie de ma vie est non essentielle ! Que les connaissances acquises et la part de qui je suis aujourd’hui construite aussi avec tous ces livres l’a donc été grâce à quelque chose de “non essentiel”, de futile ! Violent non ?

#2 – « Non essentiel » pour les salariés ?

Allez dire à un salarié que l’entreprise qui l’emploie n’est pas essentielle et qu’il n’a pas besoin d’être rémunéré ! Ce n’est pas seulement lui mais toute sa famille qui en pâtit. Le budget de fonctionnement d’un foyer est calculé sur la base du ou des salaires du couple et donc la réduction ou pire, la perte d’un salaire reste un désastre. Certes l’état compense en partie avec le chômage partiel mais la réduction de revenus n’est pas compensée par la baisse des frais liés au travail (essence trajet, repas, etc…) puisque les frais au domicile augmentent également (augmentation consommation électrique, travaux effectués pour s’occuper, chauffage, etc.)

Une femme témoignait lors d’un reportage sur TF1 de sa situation dramatique : elle était vendeuse indépendante à domicile avant la crise sanitaire et a dû stopper cette activité. Problème : en tant qu’indépendante elle n’a droit à aucune indemnité chômage et n’a par conséquent aucun revenu mais a toujours ses deux enfants à charge. Alors elle a cherché du travail et trouvé un emploi en intérim pour respirer un peu financièrement. Soulagée, elle commence son travail mais trois jours après sa mission qui devait durer plusieurs semaines s’arrête brutalement car l’entreprise qui l’employait pour le pic d’activité des fêtes de fin d’année a dû fermer et réduire ses effectifs.

On entend dire qu’à la suite de la crise sanitaire une crise sociale lui succédera. En fait elle a déjà commencé : les Restos du Coeur enregistrent cette année une augmentation sans précédent du nombre d’inscription depuis leur création. Jusqu’à +45% dans certains centres franciliens ! (source : site internet France Info du 24/11/2020)

Peut-être qu’une fabrique de cure dents n’est pas essentielle en cette période et que le fait qu’elle soit fermée ne sera pas un manque pour ses clients. Pour autant cette fabrique de cure dents est essentielle pour les salariés et leurs familles qui en dépendent.

#3 – Des entrepreneurs « non essentiels » ?

Les entreprises françaises sont comme tous les contribuables : elles ont des taxes et impôts à payer. L’Etat se repose même sur les entreprises qui perçoivent pour lui la TVA qui représente la moitié des recettes fiscales de la France et ceci est fait gratuitement ! Elles sont une nécessité pour le budget du gouvernement. En étant fermées elles ne collectent pas la TVA ce qui va provoquer une baisse drastique des rentrées d’argent mais n’impacte pas les sociétés « non essentielles » car la TVA est due seulement sur les ventes effectuées. En revanche les entreprises doivent toujours à l’Etat tous les autres impôts et taxes sans avoir de rentrées d’argent. Un aménagement peut être demandé pour un étalement de certaines dettes fiscales mais elles ne sont pas annulées ou suspendues. Par exemple, certains patrons ont mis leurs salariés au chômage partiel tout en faisant l’effort de combler sur leurs fonds propres le manque à gagner pour qu’ils n’aient pas de perte de salaire. Le patron qui n’a pas de rentrée d’argent paye le salaire mais toujours les cotisations sociales salariales et patronales comme en temps normal.

L’Etat décide donc que les français n’ont pas besoin de certaines entreprises pour vivre, sauf qu’il a une nécessité absolue des revenus générés par ces mêmes entreprises pour pouvoir continuer à fonctionner.

Le fait est que pour un entrepreneur son entreprise c’est le projet de sa vie, son bébé. Il y investit tout ce qu’il a : beaucoup de temps parfois au détriment de sa vie de famille, son argent et son patrimoine. Un entrepreneur prend clairement un risque sur sa vie car si il échoue, contrairement à un salarié, il n’a aucune sécurité puisqu’il n’a pas droit au chômage.

Cependant cela va au-delà du simple aspect financier et du temps qui y est consacré. Un entrepreneur met littéralement une partie de lui dans son entreprise : il y intègre ses valeurs, sa vision, sa personnalité, ses idées, parfois sa famille qui travaille avec lui…

C’est aussi pour cette raison que la réussite d’une entreprise suscite une grande fierté pour son patron. La contrepartie étant que l’échec peut engendrer des drames humains. Il en arrive régulièrement et l’un des derniers dont on a entendu parler dans les médias est le suicide d’Alysson une indépendante belge dont le salon de coiffure a dû fermer et qui a tout perdu. Oui ça se passe en Belgique, mais ça se passe aussi en France… Dans un reportage à la télé un patron qui vit des marchés évènementiels qui sont annulés les uns après les autres (marchés de Noël,…) déclarait être sous anxiolytiques depuis plusieurs mois n’arrivant plus à supporter le stress de la situation. Il montrait ses avants bras sur lesquels il s’était fait faire des tatouages pour cacher des plaques qui sont apparues à cause de ce stress.

Il y a aussi ce journaliste qui interviewe une personne sdf qui vit dans sa voiture lui demandant comment il en est arrivé là et qui a eu comme réponse : « je possédais un restaurant il y a 6 mois… »

Croire qu’en disant à un entrepreneur qu’il est non essentiel n’a “que” des répercussions financières, ce qui en soit est déjà énorme, serait un raccourci dangereux. Des vies sont en jeu par cette situation sans perspective d’amélioration pérenne sur le court, moyen ou long terme…

CONCLUSION

Le problème c’est que l’on oppose les choses or l’économie a besoin de personnes en bonne santé physique et émotionnelle pour fonctionner, et la santé a besoin d’une économie active pour être financée. 

Cette opposition est accentuée par les dizaines et dizaines de débats organisés tous les jours dans les médias pour savoir qui a le plus raison, qui a le plus tort, engendrant une surenchère des mots pour sortir la meilleure « punchline ». C’est comme ça qu’on se retrouve à utiliser des mots qui semblent anodins ou qui sonnent bien mais qui peuvent être destructeurs.

Faisons attention à ce que l’on dit, ce que l’on nomme et l’impact que nos paroles ont sur les autres. Même si je ne suis pas responsable de ce que provoquent mes propos chez l’autre je suis entièrement responsable de ce que je dis.

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